Une photo, quelques mots (60)

coque

© Diane

 

Des années à astiquer cette vieille carlingue, la bichonner, la protéger tant bien que mal contre la rouille. Une fois les années de pêche passées, une fois la retraite arrivée, j’aurais pu m’en aller. Mais pour aller où ? Pour chercher quoi ? Pour trouver quoi ?

Ma vie, je l’avais passée ici, avec toi. Chaque sortie en mer n’avait qu’un seul but : te revenir au plus vite. Te revenir entier, te revenir tout court. Aux premières années d’émoi qu’ont suscité mes retours, le sourire sur ton visage qui se décrispait de me savoir rentré, ont succédé des années d’ennui de te retrouver seule à attendre les quelques jours où je rentrais, inlassablement attiré par l’appel des vagues et du vent. Puis il y eut les mois d’agacement. J’ai senti que toi aussi, tu embarquais vers d’autres horizons.

Et puis un jour, au retour, personne sur la jetée. Etonné, inquiet, vers la maison, je me précipitai. Un mot sur le frigo, laconique « J’ai besoin d’air. Je reviendrai ». A ta manière, tu avais pris le large. Ne me restait que le vent dans les voiles…

Voilà douze ans que je t’attends, que je guette sur le chemin de terre quand toi, tu guettais l’horizon sur la mer. Les voisins se moquent. Ils savent ce que je feins d’ignorer : que tu ne reviendras pas. Au marin, tu as préféré un nouveau béguin. A la mer, tu as préféré la terre ferme.

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36 réflexions au sujet de “Une photo, quelques mots (60)”

  1. Femmes de marin, c’est quelque chose qui m’impressionne et me fait froid dans le dos en même temps. Cet homme doit être bien égoïste. 12 ans ont passé, il attend toujours mais semble ne se poser aucune question sur son propre comportement vis à vis d’elle.

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