Une photo, quelques mots (71)

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    Ce texte est la suite (et la fin) de celui de la semaine dernière : CLIC

   I believe, I can fly. I believe, I can touch the sky… A chaque situation sa chanson…

     Après toute grande décision, tout choc dans sa vie, c’est au bord de cette plage que vient se réfugier Léona. C’est une fille du bord de mer et seuls le fracas des vagues et l’odeur de l’iode l’apaisent.

     Elle l’a fait, enfin.

     Et puis le petit moulin s’était arrêté sur l’ailette rouge. C’était un signe. Elle était obligée.

     Quand il a franchi le seuil de son appartement, ce matin-là encore, elle n’a d’abord vu que son sourire. Quand il la voit, son regard s’illumine. Ne pas flancher, ne pas flancher. Il l’a serrée dans ses bras puissants, comme à son habitude. Leona aime sa force, sa carrure. Elle se sent toute petite. Rassurée. Protégée. Hors du monde et de ce qui la blesse. Ne pas flancher, ne pas flancher.

      Elle a fait durer un peu l’instant, a profité de ses baisers papillons qu’elle aime tant et dont elle sait qu’ils sont les derniers. Ses amies vont se moquer d’elle « Ah oui, tu l’as quitté… encore… jusqu’à la prochaine fois. » Mais cette fois, elle est décidée, c’est question de survie.

     Ils s’asseyent, se confient tous leurs petits maux. Comme elle se sent bien près de lui. Ne pas flancher, ne pas flancher. Il fait très chaud ce jour-là et il est en débardeur. Elle regarde ses épaules, si joliment dessinées, se rappelle la douceur de sa peau. Se retient de la toucher. Ne pas flancher, ne pas flancher.

    « Leona, tu fais mal semblant. Ma douce, dis-moi ce qui te tracasse. »

    Alors elle l’a regardé et lui a dit, cette fois encore, qu’elle ne peut plus, qu’elle a mal, qu’elle ne veut plus être la femme de l’ombre. Elle ne veut plus être la mauvaise. Elle n’a rien fait de mal. Elle l’aime, c’est tout. Elle n’a pas fait exprès.

      » Je comprends. Nous savons tous les deux qu’il n’y a que peu d’issues. »

     Alors, elle tente une dernière fois. Elle lui demande si leur histoire n’a vraiment aucun avenir, même en patientant encore un peu. Il a déjà répondu à cette question l’an passé. Mais elle veut l’entendre, encore. Les yeux dans les yeux. « Non », entend-elle. Mais il ne la regarde pas. C’est ce qu’elle attendait. Pour ne pas flancher. Mais elle a l’impression que quelqu’un est littéralement en train de lui bouffer le coeur par l’intérieur. Elle avait pourtant cru, au début de leur histoire… Il l’avait même dit… Mais quand il a fallu agir…

       Alors, elle prend ce qui lui reste de fierté, à bras le corps. Elle aura du courage pour deux, Leona. Elle lui annonce que cette fois, c’est fini. Elle l’aime mais c’est elle-même qu’elle doit aimer à présent. Elle ne peut retenir quelques larmes. Il veut la prendre dans ses bras, il n’aime pas la voir pleurer. Elle lui demande de ne pas la toucher : ce serait pire que le mal. « Je prendrai de tes nouvelles, savoir si… » Elle lui interdit. Elle va supprimer tout moyen de le contacter. Et elle lui interdit de l’approcher jamais.

    Le regard de son amant a changé. Il a compris que cette fois… « Je t’aime, si fort. Tu le sais. » Elle lui répond qu’ils n’ont pas la même conception de l’amour.

     L’odeur de l’iode et le fracas des vagues. Pour chasser l’odeur de sa peau et le son de sa voix. Ici seulement, loin de tout jugement, elle peut se laisser aller à craquer et pleurer à fontaines.

     Demain sera beau, elle le sait.

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34 réflexions au sujet de “Une photo, quelques mots (71)”

  1. Oui demain sera beau parce qu’elle est forte et et qu’elle est libre. Qu’elle pleure ta Leona, qu’elle se vide de sa peine. J’aime beaucoup lorsque tu nous racontes des histoires sur plusieurs semaines. Encore un beau portrait de femme, merci !

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  2. Elle a pris la bonne décision, même si ça n’était pas facile.
    L’heure est venue pour elle de se reconstruire, et quel plus bel endroit que là où elle s’est posée…
    Très joli texte, j’ai beaucoup aimé 🙂

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  3. Oh oui! La voir, la toucher, s’en envelopper, se faire caresser, efface bien des souffrances, apaise ces blessures de l’âme! Calme et volupté, griserie et apaisement. Merci pour ce texte bouleversant en même temps qu’optimiste. 🙂

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  4. J’ai envie de lui dire bon vent, à cette amoureuse qui sanglote comme une enfant.
    J’espère qu’elle trouvera une épaule pour s’appuyer, et qui lui donnera le courage de se relever pour repartir plus avant.
    Bises

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  5. ohhh Stephie, quel bonheur de lire la suite de l’histoire ! Ton texte de la semaine dernière m’avait séduit et cette suite est juste fabuleuse ! J’étais accrochée à chaque mot en espérant connaître l’issue de l’histoire cette semaine, ma patience aurait eu du mal à attendre le prochain texte. Merci et bravo pour cette mise en haleine ! une belle surprise pour moi cette semaine 😉

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  6. Avec du retard, j’ai lu les deux histoires…Ne pas flancher, ne pas flancher…et ces derniers instants qu’elle garde, ce moment qu’elle retarde. Elle est belle, forte et elle prend les choses en main. Une sacrée femme <3 et oui demain sera beau parce qu'il y a le reste autour et toutes les possibilités que maintenant elle a. Des bises fraîches comme la mer pour toi.

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