Une photo, quelques mots (77)

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© Julien Ribot

     Les rues avaient retrouvé un peu de calme. Après la cohue des derniers jours, les gens s’étaient d’abord terrés, fébriles de ne pouvoir identifier avec précision de quel recoin pourrait venir la menace, de quel coin d’ombre surgirait la mort.

    Certains disaient qu’il fallait vivre, sortir, rire et boire aux terrasses des cafés. D’autres pleuraient et tremblaient. D’autres verbalisaient sans cesse, dévidant en boucle toute pensée les assaillant. D’autres se taisaient, tout simplement, incapables de dire l’indicible.

    Hannah, elle, avait besoin de l’eau. Trop loin du fracas de l’océan près duquel elle était née et qui l’avait bercée, elle venait se consoler sur les bords de Seine. Ah, on ne peut pas dire que cela lui faisait le même effet. Mais faute du bruit des vagues et de l’air iodé, elle aimait longer la Seine, à l’affût de chaque clapotement et gavant ses narines de cette odeur de vase.

    Et puis, elle s’en mettait plein les mirettes. Paris et ses monuments, Paris et ses vieilles pierres, Paris et ses lumières. A perte de vue. Minuscule dans cette ville immense, elle se sentait protégée. Seule au milieu de tous, mais entourée. Unique et invisible à la fois. Mais surtout, vivante.

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32 réflexions au sujet de “Une photo, quelques mots (77)”

  1. C’est une stratégie de survie joliment évoquée et troublante aussi quand on sait que généralement une femme seule la nuit dans Paris ne se sent pas spécialement rassurée….Mais le mot « invisible » est là,si important…On ne peut pas détruire quelqu’un dont on ne soupçonne pas l’existence.

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