J’avais adoré son précédent roman, emportée par la beauté de sa plume, par la poésie de ses mots, par cette utilisation admirable qu’ont les écrivains

parabole-du-failli

 d’outre-mer de la langue française. Et cette fois encore, j’ai retrouvé toutes ces qualités. Un des romans de la rentrée que j’attendais le plus et je n’ai pas été déçue.

    Dans une narration essentiellement à la deuxième personne, le narrateur évoque la disparition subite de son ami Pedro et la manière dont le trio qu’ils formaient avec l’Estropié a volé en éclat, à l’image de la chute de douze étages qui a disloqué le corps de Pedro. Dès les premières lignes, il nous offre leur souffrance, mêlée de leur incompréhension à eux qui sont restés… c’est pour ceux qui restent que c’est le plus dur. Ce roman montre toute la peine que rencontre le narrateur de l’histoire à écrire un hommage à son ami comédien, dans la rubrique nécrologique qu’il assure au quotidien. Comment dire la peine, comment dire l’impossibilité de cautériser ses blessures, comment admettre le renoncement à la vie. 

    Au-delà de ces trois destins d’homme s’inscrit celui d’une île, d’un pays marqué par la souffrance, par la pauvreté. Chacun de leurs parcours nous prend aux tripes. Et au final, c’est celui que l’on pensait avoir le moins souffert qui prend la poudre d’escampette.

    L’Estropié c’est le pauvre môme “bancal” qui doit à sa malformation le fait d’avoir eu la possibilité d’aller sur les bancs de l’école et d’être devenu enseignant (quand l’Etat pense à le rémunérer) mais c’est aussi le môme terrifié par un père surnommé le Méchant et qui ne cessera de sentir ce sentiment couler quelque part dans ses veines.

    Le narrateur est le modeste écrivaillon d’une rubrique nécrologique dans un journal, possesseur d’un petit appartement suite au décès brutal de ses parents. Appartement qui devient un ilôt, refuge des trois comparses. 

    Et puis, il y a Pedro, le comédien, personnage qui rend hommage au comédien haïtien disparu, Karl Marcel Casséus. Pedro c’est le poète, celui qui laisse derrière lui un texte poétique, cette Parabole du failli, que le narrateur lit et dont il cherche à identifier celle qui a bien pu inspirer tout cela.

    Encore une fois, l’auteur nous laisse entrer à pas feutrés sur cette île qu’il aime, malgré l’âpreté de la vie que ses habitants peuvent y mener. Avec une écriture des plus poétiques, offrant à son tour une sorte de parabole, il magnifie son île. Au-delà de la misère de Port-au-Prince, il y a la richesse de l’âme de ceux qui l’habitent.

    Un roman qui ne se raconte pas mais qui se lit car rien ne peut rendre le souffle des mots qui s’en libèrent.

Rentrée 2013