Votre plaisir vous appartient – Dr Laurent Karila

 plaisir    Une couverture girly et légère, un titre accrocheur sur le plaisir, il n’en fallait pas plus pour me donner envie de lire et chroniquer ce livre. Aussitôt reçu, aussitôt lu…

Dans cet essai, le Dr Laurent Karila parle du désir et du plaisir féminins. Le titre ne le dit pas clairement mais la couverture rose aiguille un peu la lecture. La 4e de couverture est plus explicite : il est question du plaisir féminin, ce sujet bien plus tabou qu’on ne le croit.

Je suis une fervente lectrice des Guides « Osez… » de la Musardine. Ils combinent avec brio des notions  historiques et scientifiques avec une vraie légèreté et un ton sexy parfaitement assumé. Qu’en est-il de ce guide qui se donne des airs de liberté ?

Tout d’abord, je dois reconnaître avoir été un peu agacée par un énième livre masculin sur le plaisir féminin. Certes, le monsieur est docteur. Certes, il a reçu des témoignages féminins. Mais personnellement, j’en ai un peu assez que les hommes viennent nous dire comment on jouit. C’est peut-être pour cela que l’on note autant de problèmes de jouissance féminine…

L’auteur de ce livre semble avoir voulu pointer que la femme était toujours asservie et qu’elle avait le droit de se libérer. De même, le livre dit que toutes les femmes sont différentes et que rien ne doit être obligatoire. Mais le but visé ne me semble pas atteint par le développement proposé.

    Si j’ai particulièrement aimé la mention à la société B-Sensory et à son little Bird ainsi que toute une partie fort intéressante sur la « mécanique » de l’éjaculation féminine, j’avoue ne pas avoir été vraiment emballée par le reste.

J’ai été un peu embêtée par certaines choses. Je vous donne un passage que je trouve très obscur sur l’orgasme féminin comparé à l’orgasme masculin : « Même s’il [l’orgasme] n’est pas extériorisé comme chez l’homme avec une éjaculation  (non synonyme d’orgasme par ailleurs), cela ne préjuge en rien de son intensité. » Euh… donc l’orgasme est extériorisé par une éjaculation mais ce n’est pas synonyme d’orgasme. Par contre, la femme a des orgasmes sans éjaculer (là j’ai compris), par contre si elle éjacule (si, si, ça existe), cela n’est pas lié à un orgasme. Euh… je ne voudrais pas rentrer dans les détails, mais je ne suis vraiment pas d’accord.

Alors évidemment, dans ce livre, tous les soucis d’ordre sexuels sont envisagés du point de vue de « manquements » de la femme : grossesse, accouchement, dépression, ménopause, cancer, opération… C’est un livre sur le plaisir féminin, me direz-vous. Sauf que je croyais naïvement que la sexualité, ça se vivait à deux. Et le plaisir lui-même, je trouve qu’il est tout de même le grand absent de ce livre.

Ce guide alterne des passages scientifiques parfois à la limite du compréhensible avec des expressions qui m’ont laissée perplexe : « ma liqueur d’amour » (p.46, certes retranscrit d’un témoignage…), « la rencontre de Mister Orgasm« (p.50,  OMFG…) et cerise sur le gâteau « un partenaire digital-actif » (p.50 encore) (j’ai eu l’impression d’être dans une mauvaise version des derniers programmes de l’Education Nationale).

     Si j’ai bien compris aussi, une femme n’est pas obligée d’avoir un orgasme.

    Elle peut se contenter de prendre du plaisir. Simplement. Soit. On peut donc dire à l’homme de se contenter d’avoir des relations incomplètes, sans éjaculation ni orgasme (même si le passage d’avant m’a un peu mise dans la confusion) ?

    Ah non, on me souffle que pour les hommes ce n’est pas très bon. D’ailleurs, une telle pratique, répétée, serait digne de celle d’une allumeuse. Tsssss (c’est moi qui m’égare et suppute, évidemment. Ce n’est pas écrit dans le livre). D’ailleurs les femmes peuvent avoir une vie parfaitement épanouie sans sexe nous dit-on. Parfait. Je veux bien le croire. Mais on ne dit rien du mari/conjoint/compagnon mis au régime sec… Il s’épanouit, lui ? Il trompe sa femme ? Non, non, je m’interroge, c’est tout.

     J’ai survolé les parties liées à la pornographie et à l’addiction

    En effet, hormis être un catalogue, je n’ai pas compris en quoi cela nourrissait réellement le projet de base. (Mais je suis blonde, cela doit sans doute expliquer la chose) Cela aurait pu mais, franchement, je n’ai pas vu comment le sujet progressait vers un but. Il y a d’ailleurs un témoignage aux pages 151 à 153 qui m’a particulièrement marquée. C’est le « récit » des aventures d’une jeune femme qui a enchaîné les amants. Je vous passe la qualité narrative. Les trois pages se terminent par : « le diagnostic d’addiction sexuelle est posé à l’issue de l’évaluation clinique. » S’ensuit un catalogue des célébrités censées en être atteintes. Là encore, je n’ai pas compris de quoi on voulait nous entretenir. Cette femme (comme toutes les célébrités citées) aurait une addiction, certes. Mais on est censé faire quoi de ce postulat ?

    Et quand on nous parle enfin d’une pornographie qui plait aux femmes, celle d’Erika Lust (p.138), on bâcle le sujet en quelques lignes…

    Si vous vous accrochez jusqu’aux dernières pages, vous aurez droit à une liste de toutes les maladies sexuellement transmissibles, à une cartographie des zones érogènes et à une liste de positions… Le livre conclut que « le sexe est moteur dans le couple ». On est d’accord ! On nous conseille de « stimule[r] [n]otre stock d’ocytocine en [n]ous embrasant comme au premier jour ». Là encore, on le sent, c’est bien à la femme de gérer ça… lingerie et pôle-dance et le tour est joué.

    Mention spéciale à des termes comme « coolitude » (p.229) et « super cover » (p.243) qui me font m’interroger sur la posture de ce psychiatre qui a tout de même la quarantaine.

     Dans ce livre, j’ai surtout l’impression qu’une fois encore, notre désir leur appartient.

     Je vous conseille plutôt de lire Ovidie ou Servane Vergy qui, elles, savent de quoi elles parlent.

      Et vous, qu’avez-vous osé ce mois-ci ? Noukette collecte de l’herbe, Manika nous fait signer un constat. Martine fréquente les maisons closes, Jérôme se fait sociologue du porno. Et Mylène affronte le Club

premier mardi

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