Une photo, quelques mots (57)

 police© Romaric Cazaux

 

    C’était toujours pareil. A chaque fois qu’on était de garde avec Francis, il voulait à toute force nous raconter sa nuit par le détail.Nous autres, je dois reconnaître, ça nous excitait et ça nous remplissait de jalousie à la fois. Il était bien loin de nos tracas quotidiens : du môme qui préférait faire ses dents plutôt que sa nuit, de Madame qui avait la migraine et ne daignait faire l’étoile de mer dans le noir qu’une fois par mois et de la belle-mère qui venait nous dire à quel point on élevait mal nos gosses.

    Qu’il neige, qu’il vente, il nous racontait tout, Francis : les rencontres qu’il faisait via un site internet, les jolis p’tits lots qu’il attirait… le prestige de l’uniforme, sans doute. Soyons honnête, on était tous jaloux de son statut de célibataire. On aurait bien voulu, pour quelques heures, oublier notre quotidien et redevenir des hommes mystérieux et virils dans les yeux d’une inconnue.

    Remarquez… ce matin-là, c’est surtout auprès de mes mômes et de ma femme que j’aurais voulu être. Et même les frasques de Francis ne pouvaient me distraire de l’affaire du jour. Je e demandais même comment il avait le coeur à parler de ça devant cette pauvre petite… enfin, devant ce qui en restait.

     – C’est bon, Francis, pas aujourd’hui. Moi, je ne suis pas d’humeur, là.

     – Ben alors, on t’a connu plus avide de détails, mon pote, ricana l’intéressé.

     – Ouais mais devant un corps refroidi avant même mon premier café, je suis désolé, je ne peux pas, rajoutai-je.

    – Il paraît que c’est la petite danseuse de l’affiche-là. Tu sais, le spectacle dont on voit la promo partout. J’ai entendu le commandant parler d’un ex jaloux qui aurait été présent hier soir. Il est recherché activement d’ailleurs. Il ne l’a pas loupée, pauvrette.

    Elle était belle, sur la neige, même si quelqu’un lui avait odieusement, quelques centimètres plus bas, dessiné un deuxième sourire, sanglant…

 

Le début de l’histoire se trouve ICI

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42 réflexions au sujet de “Une photo, quelques mots (57)”

      • Huh ? Non. Par « cynique », je voulais dire que je voulais faire de l’humour noir. Je suis friande des textes sombres, très sombres – j’en écris également : la plupart de mes romans comportent des meurtres. Donc, non, ce texte ne me dérange absolument pas.
        Le précédent ne m’avait pas dérangée non plus, mon commentaire était certainement obscur, je m’en rends compte : j’avais réagi car la demoiselle était encore obsédée par son ex et que j’ai vécu la situation (à la place du mec) : c’est lourd à porter.

  1. Je lis (avec du retard) ce texte et le précédent, encore une fois bravo. J’aime beaucoup les descriptions dans le précédent texte, les quelques rimes aussi. C’est vrai qu’on ne s’attend pas à cette chute et…atrocité. Je découvre aussi d’où cela vient et forcément je t’embrasse plus que fort.

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