Une photo, quelques mots (88)

Une photo, quelques mots (88)

© Sabariscon

    J’ai toujours aimé regarder les gens dans les rues, silhouettes plus ou moins déterminées, poursuivant un but de moi ignoré.

    Cette petite femme, par exemple, qui est-elle vraiment ?

    Je l’imagine dans une rue de son Inde natale, au milieu du bruit des rickshaw, dans une tumulte d’orphelins sales et abîmés, dans l’odeur des épices, se rendant au marché pour aider un peu sa belle fille prête à accoucher. Ce mouchoir dans sa main ? Il faut bien essuyer ses pleurs. Discrètement, pour ne pas avoir l’air de se plaindre. Ni de souffrir. Après tout, dans sa famille, on a de quoi manger chaque jour. On travaille beaucoup mais on s’en sort. Et ce petit à naître, il n’ira pas mendier, on ne lui crèvera pas les yeux pour attendrir les touristes et leur monnaie, on ne le délestera pas d’un rein au coin d’une rue sombre.

    Je l’imagine maintenant à Paris. Elle y est arrivée toute petite. Ses parents ont tenté l’aventure. S’installer en France pour donner un bon avenir aux enfants, échapper à la misère, à la violence. Arriver en banlieue… prendre de plein fouet le désenchantement. Des quartiers, des ghettos aux pieds de Paris qui ne les regardait guère. Et de nouveau la misère et la violence tout autour. Baisser la tête, courber l’échine, toujours sourire. Pousser les enfants à se dépasser, à étudier. Le professeur toujours respecter. Et malgré tous les efforts, se retrouver à la retraite, sous le seuil de pauvreté.

   D’où vient réellement cette femme et où va-t-elle vraiment ? Nul ne le sait. Lui demander ? Trop tard, elle est déjà passée.

Une photo, quelques mots (88)

28 réflexions au sujet de “Une photo, quelques mots (88)”

  1. Moi aussi j’aime regarder les gens dans la rue, rêver et les imaginer !
    Merci ma belle pour ce si joli moment de lecture…

    Répondre
  2. j’aime beaucoup ce texte en deux temps, deux possibles, aussi difficiles l’un que l’autre même si l’âpreté de l’existence n’est pas la même. Beaucoup d’humanité dans les interrogations de la narratrice.

    Répondre
  3. Magnifique phrase finale:  » D’où vient réellement cette femme et où va-t-elle vraiment ? Nul ne le sait. Lui demander ? Trop tard, elle est déjà passée. »
    Elle contient tout….

    Répondre
    • Mouais, malgré tout, j’ai un peu manqué de temps et d’inspiration. Je le trouve pas abouti. On fera mieux la semaine prochaine 😉

      Répondre
  4. Joli texte en effet, avec des angles de vue différents … des vies différentes. Alors quand tu sais qu’en plus il y a des univers parallèles, il y a de quoi en faire un roman, ou presque, tiens.

    Répondre
  5. j’aime beaucoup les 2 tableaux que tu nous as proposés. Avec ta chute qui nous laisse le choix de la réponse (super idée de conclusion, soit dit en passant ;)) , je me demande dans quel pays elle aurait été la plus heureuse. J’aime donc la réflexion que tu m’amènes à avoir. Merci 😉

    Répondre
  6. J’ai loupé la photo de Sabine… Pff…
    Tu ne fais pas dans la guimauve pour tes deux derniers textes.
    Mais tu le fais bien. J’aime les deux options qui s’offrent à cette femme.
    J’aime l’espoir, le désenchantement, le temps qui passe trop vite…
    Bises

    Répondre
  7. Elle est tellement belle cette photo! <3
    Quand je voyage c'est ce que j'aime le plus capter en image, les visages, les gens, les expressions, leurs émotions…
    (je ne trouve pas Syngué Sabour sur ton blog, j'aurais voulu le mettre en lien sur mon blog – si jamais tu le trouves, tu peux le mettre en lien sous mon article, je le déposerai avec plaisir)
    Bonne semaine

    Répondre

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :