Choisir… mais souffrir surtout…

    Je vous parlais jeudi de la mésaventure qu’a connue mon amie : une capote qui se fait la malle, des spermatozoïdes en liberté, une pilule du lendemain. Puis l’attente… avant de devoir choisir…

    J’étais confiante pour elle. La pilule du lendemain, je l’ai déjà prise deux fois et aucune grossesse n’en avait découlé. Mon amie était plus sceptique : rapport à son cycle et à la prise, elle doutait de l’efficacité du machin. Et puis, elle connait bien son corps et les deux seules fois où ses seins ont gonflé… Alors que choisir ?

    Mon amie a la petite quarantaine, deux enfants à croquer. Son désir d’enfant, elle l’a réglé depuis quelques années. Mais quand deux traits roses s’invitent sur le bâtonnet…

    Qu’on ne vienne pas dire que les femmes ont recours à l’avortement comme elles prendraient un bonbon, je n’y crois pas. Mon amie est donc soudainement déchirée. Rien n’est propice à la venue d’un enfant : pas d’envie particulière, une vie active et indépendante et surtout un géniteur aux abonnés absents. Et pourtant, il y a ce petit truc tout au fond d’elle qui toque au carreau et la fait hésiter.

    Pour avoir connu une situation légèrement différente, il y a deux ans (GEU), le jour où l’on se dit que l’on n’aura vraiment plus d’enfant peut être déstabilisant. Hormones, programmation génétique, poids de la société ? Je ne sais pas, un savant mélange de tout cela auquel il faut rajouter la prise de conscience du temps qui passe et d’un corps qui, doucement, va se mettre en veille.

Gynécologue de mon coeur…

    Néanmoins, mon amie a choisi. Elle doit se renseigner sur les démarches à faire. Seule. Elle prend rdv avec son gynécologue. Il faut faire part de sa décision d’interrompre une grossesse (et la réaffirmer plusieurs jours après) et faire une échographie de datation. Et c’est là que cela dérape encore…

    Quand mon amie me l’a raconté, cela m’a mise dans une colère sourde. Le praticien lui a laissé voir l’imagerie. Et le petit point du coeur qui bat. Quelle horreur ! Alors que les praticiens sont formés à cela et qu’ils peuvent l’éviter… Evidemment, elle a pleuré. Forcément, elle a culpabilisé. Si cette attitude ne s’appelle pas de la maltraitance psychologique, alors qu’est-ce ? Le plus effarant, voyez comme nous sommes conditionnées : mon amie trouvait des circonstances atténuantes à son médecin. « Il n’a pas dû faire exprès, il n’a pas dû réaliser. » Mon oeil, ces gens sont formés à ce genre d’étapes douloureuses. Et ils doivent respecter.

Quand le loup ressort du bois…

    Alors l’amant a refait signe de vie… des jours après. Il lui a écrit un très beau message. Il se sentait mal à l’aise, ne savait pas comment intervenir, se sentait coupable. Et la connaissant, il préférait rester en retrait. Il sait qu’elle n’aime pas qu’on empiète sur son espace intime… Il est marié. Est-ce une raison suffisante ?

   Là encore, je ne voudrais pas reporter sur son histoire des relents de choses non réglées que j’ai dû vivre en tant que femme mais… Je trouve tout cela un peu facile.

   Dans cette histoire, il n’est pas coupable. Un rapport sexuel qui dérape, en tout cas du point de vue de la protection, ce n’est la faute de personne. Mais ensuite, il faudrait voir à prendre ses responsabilités jusqu’au bout, peu importe notre situation personnelle. Mon amie, elle, a dû prendre une décision, mener à terme les démarches, subir les regards et opinions de certains… Seule… alors que ce jour-là, dans ce lit, ils étaient deux.

Deux cachets et puis s’en va

    La suite de l’histoire, certaines la connaissent. Par pudeur, je ne rentrerai pas dans les détails.

    Mon amie est allée deux fois à l’hôpital, la peur au ventre. On ne lui avait pas rapporté des choses très avenantes sur la prise en charge des femmes mettant un terme à leur grossesse. Néanmoins, elle est tombée sur quelqu’un de très respectueux, qui a veillé à ce qu’elle ne croise personne. Mon amie craignait cela… dans une toute petite ville, tout le monde se connaît.

    Oui, je sais, on pourrait là encore lancer tout un débat sur la tolérance. On devrait avoir le droit de disposer de son corps, dans le sens le plus large, sans avoir à endurer le jugement des autres… Mais cela, ce n’est pas pour demain.

 

28 réflexions au sujet de “Choisir… mais souffrir surtout…”

  1. J’ai eu le droit au battement de cœur aussi et à la photo d’echo souvenir pour m’aider à « réfléchir encore » en passant…
    Ça fait 15 ans, aujourd’hui j’ai des enfants et une vie épanouie et pourtant cet épisode fait toujours mal.
    La bienveillance a encore du chemin à faire.

    Répondre
  2. Douloureux à plus d’un titre : La solitude devant l’acte qui n’est jamais anodin, le report de responsabilités toujours facile, comme tu l’écris et cette sensation qu’on fait passer la femme pour une écervelée : il vous faut la pilule du lendemain ? C’est mal : vous avez une sexualité dissolue. Vous voulez avorter ? C’est mal : réfléchissez encore. Ça me rend folle.
    Tout mon soutien à ton amie.

    Répondre
    • Il y a une culture de l’infantilisation de la femme. Et pas que de la part des hommes en plus. Les femmes sont souvent cruelles entre elles. Mais le problème du jugement de l’autre est bien plus vaste, on le sait

      Répondre
  3. J’ai vécu la même expérience avec l’échographie et ensuite avec un gynéco ignoble… Merci pour ce billet !

    Répondre
    • Et ce boulot passe par notre vigilance de chaque jour. Toutes les avancées de ces dernières décennies ne sont pas des acquis et demandent à être protégées avec beaucoup de force

      Répondre
  4. Je suis très, très admirative des femmes qui prennent cette décision. Parce qu’avant d’être enceinte je pensais que c’était « facile » (entre très gros guillemets quand même), je me disais on ne tue pas un enfant, c’est juste une cellule en devenir qui un jour deviendra un enfant mais qui pour l’instant n’est rien du tout. Et quand j’ai fait ma première écho à 3 semaines de grossesse, j’étais abasourdie. Cette petite poche qui gonfle, se dégonfle… et ce son, c’est déjà son coeur qui bat ? Alors je n’ai pas changé d’avis sur l’IVG, un enfant qui nait là où personne ne l’attend c’est une souffrance à vie pour tout le monde et on a le droit de le refuser. Mais j’ai changé d’avis sur l’impact de l’acte en lui-même. Se dire qu’on met un terme à ce petit bout de vie, c’est terrible. Quel courage !

    Répondre
    • C’est délicat et la fin de ton commentaire aussi. Mais c’est là tout le débat sur l’IVG. Je comprends même ceux qui sont contre… tant que ça n’impacte que leur propre décision. Mais la loi fait que nous avons un droit sur notre corps jusqu’à un certain terme de la grossesse. Et donc, de ce fait, les toubibs et pharmaciens n’ont pas à se permettre d’émettre leur avis. Qu’ils en aient un ? On en a tous un. Ce n’est pas pour autant qu’il est le bon et qu’on a le droit de l’imposer aux autres.

      Répondre
  5. Un très bel article qui me met en colère. Comment au 21eme siècle peut-on être aussi c** ? J’espère que ton amie va mieux depuis, même si la cicatrice peut rester encore longtemps douloureuse. Dans ce genre de situation, l’homme a autant de responsabilité que la femme, c’est tellement facile pour eux. Finalement, l’égalité entre les sexes n’est pas encore tout à fait là.

    Répondre
    • Oui, moi aussi je suis en colère. Là où elle est tellement digne, en fait ! Je l’admire beaucoup pour son courage et sa tête haute.

      Répondre
  6. Bon courage à ton amie… J’ai déjà accompagné ce choix pour quelqu’un de mon entourage. Je crois que nous avons réussi à ce qu’à aucun moment elle ne soit mise dans cette position de culpabilité (médecins, intervenants, entourage) et ce devrait être toujours ainsi, et j’en suis fière et heureuse pour elle… On la porte déjà bien assez en soi pour toujours cette blessure…

    Répondre
    • Oui, comme de nombreuses choses, on prend suffisamment une décision à coeur et dans nos tripes pour que d’autres se permettent d’en rajouter. Alors quand cela touche à quelque chose d’aussi intime, c’est encore plus délicat.

      Répondre
  7. Un bel article pour un moment difficile ..
    c’est toujours à la femme de prendre la décision et quoi qu’elle fasse elle sera jugée ! Si elle avorte c’est pas bien et si elle garde cet enfant et devient une mère solo on la jugera sur son mode de vie dissolue.
    L’attitude du gynéco est déplorable et on devrait pouvoir dénoncer ce genre de type et lui interdire le droit d’exercer !

    Répondre
  8. Ton amie à vécu une situation horrible…que je redoute. J’ai deux enfants et je n’en veux pas de troisième. J’en suis sûre et certaine. J’ai 35 ans et j’ai envie de vivre un peu pour moi maintenant. J’ai été tres malade pendant chaque grossesse, je sais que je ne supporterais pas une 3eme. Bon. Ma gyneco le sait, elle m’a conseillée la pillule, j’ai pris du poids et abandonné. J’ai un implant mais je ne le supporte pas non plus. Lors de notre dernier rendez-vous, je lui ai parlé d’une amie qui s’était fait ligaturer les trompes. Je voulais simplement un renseignement, même si je pense que cela pourrait être ma solution. Refus catégorique. Elle veut que je mette un stérilet. Je vais voir une autre gynécologue, refus catégorique. Un préservatif peut suffir pour, dit-elle, des couples qui ont peu de rapports (euh pardon?). Et si je tombe enceinte ? Bah, vous aurez envie de le garder. Non. Non. Non. Je sais que je ferais le même choix que ton amie. Voila. Mes deux gynecos ont choisi pour moi. Je ne peux pas choisir de ne pas avoir d’enfants.

    Nous avons encore beaucoup de travail, je crois, avant que nos choix soient compris et respectés.

    Répondre
  9. Bel article !
    Le sujet est délicat et presque encore tabou. On a beau rappeler que la loi est là, et que quelque part elle devrait protéger du jugement des autres. L’étape pour une femme reste semer d’embuches et de regards accusateurs.
    Ma soeur a vécu douloureusement l’environnement hospitalier hostile dans une situation qui aurait pu être semblable. Elle s’est retrouvée dans un tel service pour un curetage (le mot est dur). Elle venait d’apprendre que son bébé était mort sur elle, alors qu’elle était enfin enceinte après plusieurs années de stérilité. Le personnel n’était pas avenant c’est le moins que l’on puisse dire. Ils l’ont traité comme une pestiférée, comme toutes les femmes présentes avec elle. Elle a eu à subir l’attitude déplorable des soignants, en plus de la perte de son bébé. C’était il y a quelques années, mais je pense que les mentalités évoluent peu.

    Répondre
  10. ah la laaa, j’y pense souvent, je suis sur le point d’abandonner la contraception parce qu’aucune ne me convient. On est mal loties, nous autres femmes; vraiment… ça évolue mais si peu!

    Répondre
  11. C’est toujours à la femme de prendre la décision, c’est vrai, mais c’est à l’homme de l’aider et la soutenir, c’est aussi aux praticiens à l’aider et respecter sa décision sans vouloir l’infléchir par des manipulations douteuses (montre la photo de l’échographie). Néanmoins, même lorsque l’homme sera présent avant pendant et après l’avortement, il n’en reste pas moins que c’est la femme seule qui vivra cet acte dans son corps. Face à ce genre de geste ou à une douleur quelconque même accompagné au mieux on doit faire face seul, ce qui n’est pas une raison de se carapater en douce ou de faire le mort

    Répondre

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :