Instant champêtre

instant

Ma 114e participation à l’atelier de Leiloona

« Instant champêtre »

 

    Avant je me plaignais – en silence – de ce qu’ils risquaient d’abîmer les sièges. Mais je les voyais, un instant, grâce au rétroviseur central.

     Maintenant, ils veulent s’arrêter et descendre de voiture. Il paraît qu’on le fait mieux à l’extérieur, qu’on respire le grand air, qu’on se roule dans l’herbe. Je leur dirais bien de faire attention aux tiques, mais cela ne gâcherait-il pas un peu la magie du moment ?

    En tout cas, j’attends. Je n’en finis pas d’attendre. On me plante là et on profite. Les jeunes n’ont plus de respect. En plus, sur ce genre de chemin déserté, pas une âme qui vive, pas une âme qui passe. Alors je m’imagine des histoires, je m’invente des films comme on dit.

    J’imagine leurs corps à moitié dénudés, leurs peaux qui se frôlent puis qui se frottent carrément. J’aimerais juste entrevoir l’appétit féroce avec lequel leurs bouches se dévorent, leurs mains découvrent des territoires sauvages et brûlants. Les soubresauts de leurs étreintes me manquent. Je m’aperçois que j’aimais bien quand ils s’étreignaient sur la banquette arrière ou q’ils enjambaient le levier de vitesse.

    Mais je ne serais plus assez spacieuse… Foutaises… je suis toujours la même !

     Ah ils reviennent ! Je la vois se dandiner et remettre sa robe. Elle est rayonnante ! Lui a cet air triomphant que je lui reconnais après l’amour. Ils s’asseyent, je sens la clé dans le démarreur.

     » Cet enfant, nous l’aurons conçu sur la banquette arrière ; nous aurons continué à l’arroser au milieu des blés. J’espère quand même qu’il ne viendra pas au monde à l’avant. Ces escapades deviennent de plus en plus périlleuses, tu ne trouves pas ? » dit-elle dans un éclat de rire.

24 réflexions au sujet de “Instant champêtre”

  1. Je viens de relire ma phrase et c’est du grand n’importe quoi. Je crois qu’il vaudrait mieux que j’aille me coucher !!!! Enfin tu as compris, hein ?

    Répondre
  2. Ton texte est léger et charmant, Il me donne le sourire.
    Je les vois tous les deux et je leur souhaite tout le bonheur du monde ! (A toi aussi d’ailleurs en passant 😉 )

    Répondre
  3. J’adore ! Et si les objets pouvaient parler ils en auraient des choses à raconter, et de belles choses comme dans ce texte bourré d’amour, de légèreté. Ils sont touchants ces personnages qui s’aiment loin des tracas du quotidien et du monde qui nous entoure.

    Répondre
  4. Arf, l’amour en voiture, et cette saleté de levier de vitesse ! 😉
    Et la ville qui mange la campagne et détruit les petits coins tranquilles.
    Et les voyeurs ! 🙁 (si si)
    Merci de me faire souvenir de mes vingt ans 😉

    Répondre

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :